Le principe
L'atmosphère est chaotique : deux états initiaux presque identiques divergent en quelques jours. On ne connaît jamais l'état de départ exactement — il est reconstruit à partir de mesures forcément incomplètes. Annoncer « 34 °C jeudi » est donc une simplification. Ce que les modèles produisent réellement, c'est une distribution.
Une exécution du modèle parmi les autres, partie d'un état initial légèrement perturbé. Chaque membre est un scénario cohérent, pas une erreur. Si 40 membres sur 51 dépassent 35 °C, ça se lit comme une probabilité d'environ 78 %.
Le paquet complet des membres. ECMWF IFS en produit 51, GEFS 31, ICON-EPS 40. C'est ce qui permet de parler d'incertitude.
Une seule simulation, sans perturbation. Pas de fourchette, mais généralement une maille bien plus fine parce que tout le budget de calcul part dans une seule exécution. AROME résout 1,3 km là où les ensembles globaux sont à 25 km : il voit l'orage, la brise de mer, l'îlot de chaleur urbain — que les ensembles lissent. En contrepartie, il ne dit rien de sa propre fiabilité et sa portée est courte.
Sur cette page, les déterministes sont tracés en trait plein fin et ne participent pas au calcul des percentiles : les mélanger à un ensemble n'aurait pas de sens statistique.
Les chiffres
Rangez les membres du plus froid au plus chaud. La médiane (p50) est celui du milieu. p10 est la valeur en dessous de laquelle se trouvent 10 % des membres, p90 celle en dessous de laquelle il y en a 90 %. La médiane n'est pas une prévision : c'est le centre d'une distribution.
p90 moins p10. Un membre sur cinq sort de cette fourchette, par le haut ou par le bas. C'est la mesure de l'incertitude liée à l'état initial : elle s'ouvre mécaniquement avec l'échéance.
Amplitude entre la médiane la plus haute et la plus basse des modèles cochés. C'est l'incertitude structurelle : physique, résolution, paramétrisations. Ajouter des membres ne la réduit pas.
Le cas à surveiller est un intervalle 80 % étroit avec un écart entre modèles large : chaque modèle est sûr de lui, et ils sont sûrs de choses différentes. Un ensemble resserré n'est pas forcément fiable — il peut être sous-dispersif, ce qui est le mode d'échec classique en canicule.
Vous fixez une valeur ; la page compte la proportion de membres au-dessus (ou en dessous). P(≥31) = 78 % signifie que 78 % des membres dépassent 31 °C à cette échéance. C'est plus exploitable qu'une valeur centrale : pour décider d'arroser, ce qui compte est la probabilité de pluie, pas le cumul médian.
31 °C le jour et 21 °C la nuit sont les seuils canicule de Météo-France pour Paris et la petite couronne. Ils sont départementaux : vérifiez ceux de votre zone.
Le total des membres de tous les ensembles cochés. Trois modèles à 51, 31 et 40 membres donnent 122. Attention : ce total n'est pas un gage de qualité, et la pondération n'est pas neutre — ECMWF pèse 51 voix contre 31 à GEFS. Pour comparer à poids égal, n'afficher qu'un modèle à la fois.
L'affichage
Les percentiles en bandes : la claire couvre 80 % des membres, la foncée les 50 % centraux. C'est le mode le plus lisible pour juger de l'incertitude d'un coup d'œil.
Chaque membre tracé individuellement — le « spaghetti ». Utile pour repérer une structure que les percentiles effacent : deux paquets de membres bien séparés signalent deux scénarios distincts, pas une incertitude continue. La médiane tomberait alors entre les deux, sur une valeur qu'aucun membre ne prévoit.
Les lignes centrales seules. Pour comparer les modèles sans le bruit des bandes.
Une ligne tiretée par modèle, à sa couleur. C'est ce qui rend visible l'écart structurel décrit plus haut.
Cinq crans, du plein au vide, colorés comme le ruban de dispersion. Elle traduit la largeur de l'intervalle 80 %, rapportée à l'amplitude observée sur la période affichée — donc relative, pas absolue : 4 °C d'écart ne se jugent pas pareil sur une semaine calme et pendant une canicule.
Elle mesure l'accord entre membres, pas la justesse. Un ensemble peut être resserré et faux. Une vraie calibration demanderait de confronter les prévisions passées aux observations du lieu.
Les modèles
En horaire, chaque point est une heure. En quotidien, les 24 heures de chaque membre sont réduites à une valeur — maximum, minimum, moyenne ou cumul selon la grandeur. L'agrégation se fait membre par membre avant le calcul des percentiles, ce qui est l'ordre correct : agréger la médiane horaire donnerait un résultat différent et faux.
La taille d'une maille du modèle. À 25 km, Paris et sa banlieue tiennent dans une case ou deux : pas d'îlot de chaleur urbain, pas de relief local. À 1,3 km, ces effets apparaissent.
Un modèle fin coûte cher et n'est intégré que sur quelques jours. AROME s'arrête vers 48 h, ICON-D2 à 2 jours, GEFS 0.5° va à 35 jours. Quand un modèle s'arrête, il disparaît du graphique et le nombre de membres baisse — c'est normal, pas une panne.
En situation sèche, GFS a un biais chaud documenté sur l'Europe de l'Ouest : maille grossière, sols qui s'assèchent trop vite dans le modèle, couche limite mal représentée. Ça se voit directement — sa ligne tiretée passe systématiquement au-dessus des autres en canicule. C'est la raison pour laquelle une valeur unique tirée d'un seul run GFS (comme celles qu'affichent beaucoup d'applications) est à prendre avec précaution.
AIFS, AIGEFS, WeatherNext sont entraînés sur des réanalyses plutôt que d'intégrer les équations de la physique. Leurs scores objectifs sont bons, parfois meilleurs que les modèles classiques, mais leur comportement sur les événements extrêmes — justement ceux qui intéressent — est moins éprouvé.
Limites
Open-Meteo, licence CC BY 4.0. Les runs sortent au mieux toutes les 6 h ; recharger plus souvent ne change rien.